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Aujourd'hui j'ai décidé de vous parler d'un fléau qui touche beaucoup d'enfants et d'adolescents et qui a pris une ampleur démesurée (avec des conséquences elles aussi démesurées) depuis l'apparition des réseaux sociaux. Pour en parler, je vais partager avec vous mon expérience.

J'ai eu une enfance heureuse, avec des parents aimants et attentifs mais malgré ça, à presque 30 ans, mes souvenirs d'enfance restent une période difficile et douloureuse. Pourquoi? Parce que j'ai été victime de harcèlement à l'école.

Je suis née à Lille en 1984. En janvier 1991, toute ma famille a migré vers le beau département de la Haute-Savoie. Et c'est là que les problèmes ont commencés. 

Nous avons débarqués en plein milieu de l'année scolaire (à l'époque j'étais en CE1) dans un petit village. Et qui dit petit village dit ragots, aprioris, racisme et tout ce qui va avec. J'ai rapidement été jugée sur mon nom à consonance étrangère. Vous ne pouvez pas savoir à quel point j'ai eu honte de ce nom. Et aujourd'hui, j'ai honte d'avoir eu honte de mes origines. Oui parce que ce nom me vient de mon grand-père qui a servi la France pendant les guerres, qui a travaillé toute sa vie pour notre pays malgré son illettrisme, qui s'est retrouvé veuf avec 3 enfants qu'il a dû élever seul. Bref, tellement de choses qui font que jamais je n'aurai jamais dû avoir honte de porter son nom. 

Ensuite, non contents de me moquer pour mes origines familiales, j'ai vécu la honte d'être née dans le Nord. Oui parce que toute mon enfance j'ai entendu que mes parents n'étaient venus dans la région que pour voler le travail des bons Haut-Savoyards, que nous étions des cas-sociaux etc... Mai, aujourd'hui je me suis rendue compte qu'en Haute-Savoie (ce qui doit être le cas également dans beaucoup de région en France), même entre vallées ils se détestent. Voyez le niveau... Sauf qu'à l'époque je l'ai très mal vécu et encore aujourd'hui, sauf obligation, je ne révèle jamais où je suis née. Je n'ai pas honte mais j'ai trop peur du jugement.

Puis sont venues les années collège, et c'est là que j'ai vécu le pire. Je n'ai pas eu une adolescence physiquement facile. J'avais beaucoup d'acné, un appareil dentaire (si aujourd'hui c'est assez commun, à l'époque ça ne l'était pas) et les harceleurs de l'école primaire avaient grandis, leur méchanceté et leur bande de copains (évidemment solidaires) aussi. Je me souviens même que mes propres "amies" se moquaient parfois de moi dans mon dos, je pense qu'elles ne l'ont jamais su, mais j'avais un jour surpris une conversation sur mes défauts physique qui m'avait fait énormément de peine.

J'ai donc passé 4 ans à être moquée, critiquée et parfois violentée (même si c'est arrivé peu de fois, on ne peut pas nier que ça soit passé).

Mes parents n'avaient pas forcément conscience de mon mal-être puisque eux, à côté de ça ils se démenaient pour que nous ayons une enfance heureuse. Ils sont quelques fois intervenus en appelant les parents de mes "bourreaux" mais à quoi bon, ça ne faisait qu'envenimer la situation. Car les enfants n'ont aucune limite à la méchanceté et c'est bien là le problème. Certes, je pense que leurs parents y sont pour beaucoup et avec du recul, j'ai compris que les pires venaient tous de milieux familiaux assez... intellectuellement en dessous de la moyenne (on va dire ça comme ça).

Sauf qu'à 30 ans j'ai eu le temps de réfléchir à tout ça, mais à 12 je le vivais, un point c'est tout. Et malheureusement, même si tout ça est terminé, vivre de telles choses au moment où l'on se construit a dû fortement influencer mon comportement arrivé à l'âge adulte.

Tout d'abord au niveau de mon parcours scolaire. Je ne pense pas être bête mais à l'école j'étais une élève très moyenne. Mais forcément, quand on pleure tous les matins pour ne pas aller à l'école je pense que ça n'aide pas à bien travailler. Et même si par la suite, au lycée, le comportement des autres envers moi s'est énormément amélioré, j'ai toujours gardé en moi cette phobie du milieu scolaire. Preuve en est, en BTS j'ai quitté l'école pour suivre mes études par correspondance et je n'ai jamais eu d'aussi bons résultats, aussi bien pendant l'année que pour l'examen que j'ai eu haut la main avec mention. Et malheureusement je me dit que si je n'avais pas vécu tout ça et trainé autant la patte pour aller à l'école, j'aurais certainement mieux travaillé et pu prétendre à une carrière bien plus intéressante que celle que j'ai maintenant. Mais on ne refera pas l'histoire, c'est comme ça et malgré tout j'aime ma vie aujourd'hui.

Ensuite, au niveau de mon comportement avec les autres. Je passe souvent pour une personne froide et souvent, les gens ne m'aiment pas trop au premier abord. C'est un peu désolant puisqu'en fait je pense que tout vient de mes blessures passées. J'ai continuellement peur d'être jugée, moquée, détestée. A cause de toutes les critiques que j'ai reçues, je suis quelqu'un de très complexée, je ne m'aime pas et au fond, je ne vois pas comment les gens que je rencontre pourraient m'apprécier et trouver autre chose que des défauts en moi, puisque moi-même je n'y arrive pas. J'ai également un gros complexe d'infériorité qui fait que j'ai toujours l'impression d'être "la moins" ou "la pire". Là vous êtes en train de vous dire que je devrais voir un psy. Mais à quoi bon, je sais d'où viennent mes problèmes, je n'ai pas besoin de quelqu'un pour me le dire. C'est pourquoi également je suis si solitaire et j'évite tant de sortir. Le regard des autres est peut-être trop important pour moi que ce qu'il ne devrait être, mais c'est comme ça, j'aime autant éviter les situations où je me sens mal à l'aise. Mais je n'en suis pas (plus) malheureuse, je passe peut-être à côté de beaucoup de choses, mais tant pis, je n'essaye plus de me battre contre moi-même, je ne me prends plus la tête, je suis comme je suis.

Aujourd'hui je ne peux que comprendre ce que ressentent les enfants victimes de harcèlement à l'école. Point positif, on commence à parler, alors qu'à mon époque tout le monde s'en fichait. Malheureusement pour en entendre parler, il a fallu qu'il y ait des drames. Et forcément, ce que j'ai vécu à l'époque restait à l'échelle de quelques bandes de petits caïds, une poignée de personnes. Sauf que maintenant, avec Internet, le harcèlement prend une ampleur qui doit être réellement insupportable à vitre. Comment vivre quand l'endroit où l'on passe la majorité de son temps (l'école) devient un calvaire et que même à la maison, l'escalade de la méchanceté atteint son maximum, avec la facilité de l'anonymat (ou non) des réseaux sociaux. Je pense que si j'avais été ado aujourd'hui, j'aurai également eu envie de mourir. 

Pour ces personnes qui sont moqués parce qu'ils sont petits, gros, qu'ils ont des lunettes, des boutons... (peu importe, de toute façon il y a toujours un truc) j'ai envie de leur dire de ne pas lâcher, et que même si je suis une "vieille" qui ne peux pas comprendre leurs problèmes et bien si, je l'ai vécu, et je veux qu'ils sachent que le meilleur reste à venir. Même si c'est long, même si la situation semble insurmontable, un jour ça sera terminé. Et les faibles (parce que oui, les faibles ce sont les harceleurs et non les harcelés) qui n'ont de cesse d'être cruels envers les autres, paieront la note un jour quoi qu'il arrive.

Dans mon cas personnel, il s'est révélé que les plus méchants ont tous sans exception eu un destin misérable, voir tragique. On va me dire qu'il ne faut pas se réjouir du malheur des autres. Mais ça c'est du blabla, juste du politiquement correct. Je suis humaine, et pas spécialement méchante mais je n'ai pas honte, oui, je me suis réjouie du malheur de mes tortionnaires. Je ne leur souhaite pas de mal mais ce qui est arrivé, est arrivé, je n'y suis pour rien, je ne vais pas non plus les plaindre. M'ont-ils plaints eux?

Et même si aujourd'hui je suis toujours complexée et blessée par tout ce qui s'est passé, j'ai pourtant pardonné. Et je pense avoir eu ma revanche sur eux, sur la vie, comme on veut. J'ai une vie qui me plaît, je suis heureuse et j'espère par cet article redonner espoir à des ados qui pour l'instant n'en auraient peut-être plus du tout.

Secrètement, j'aimerai que des harceleurs tombent un jour sur mon blog, et prennent conscience du mal qu'ils peuvent faire... mais je ne rêve pas non plus et je pense que malheureusement rien ne peut y faire, sauf peut-être une meilleure éducation des parents... Parce que c'est aux parents d'apprendre à leurs enfants le sens de la morale et pourtant j'ai l'impression que plus les années passent, plus cette tâche semble être bâclée... Il faut que chacun prenne ses responsabilités et que les adultes prennent conscience que ce ne sont pas justes des "chamailleries" d'enfants, ça va bien au-delà et surtout, la construction des adultes passent par le vécu de l'enfance et l'adolescence. Ne négligeons pas ces comportements et vous parents, dites-vous que ce n'est pas parce que ça ne se voit pas que ça n'existe pas. La souffrance morale et bien pire que la souffrance physique, croyez-en mon expérience.

Si vous avez envie d'en parler, de partager votre expérience ou tout ce que vous voulez, les commentaires sont là pour vous.